Vous
êtes pressé, Monsieur le Premier Ministre !
Vous êtes très pressé, Monsieur Taittinger,
et vous aussi, Monsieur Poniatowski ! Ce que Monsieur le
Président Chaban-Delmas avait refusé à Monsieur
Boulin, ce calamiteux projet Peyret, vous l'avez repris à
votre compte, et vous avez décidé de le faire entériner
avant l'hiver par un Parlement supposé favorable.
Ils
n'étaient pas encore fanés, nos modestes bouquets
de notre pauvre fête des mères, lorsque nous est
parvenue la nouvelle, puissamment orchestrée par la radio
et la télévision : le fameux contrat de progrès
promis aux mères et aux familles n'était plus qu'un
projet d'avortoirs publics, avec une mention particulière
pour les handicapés, financés par une sécurité
sociale éclectique, qui continue cependant, ô dérision,
à ne pas rembourser des vaccinations contre la rubéole.
En
attendant le vote de la loi que l'on donnait pour immédiat,
des instructions étaient données pour que « les
instances judiciaires actuellement en cours soient examinées
avec le souci de ne pas créer de contradictions trop sensibles
avec la législation projetée » (1).
Ainsi
avions-nous la confirmation que c'est bien en raison d'instructions
données par le ministère de la Justice lui-même,
que la loi française toujours en vigueur et qui punit de
sanctions pénales au demeurant modérées toute
atteinte portée à la vie des non-nés, n'est
plus guère appliquée.
Lorsque
vous avez observé, Monsieur Messmer, que notre loi était
"dépassée", il eût été
raisonnable d'ajouter que votre gouvernement avait tout fait pour
qu'il en soit ainsi.
Ce
que vous auriez pu dire encore, c'est que le premier et le principal
responsable de l'avortement, cet échec contre lequel vous
ne luttez guère, c'est l'État, et avec lui tous
ceux qui refusent les mesures de solidarité et de justice
que réclament les mères de familles.
C'est
simplement parce qu'il aura manqué mille francs et
un accueil fraternel à une jeune femme en détresse,
qu'elle se résout, dans l'angoisse et le désespoir,
à livrer son enfant à l'avorteur, et maintenant
votre projet voudrait, en considération de la santé
psychique de cette malheureuse, baptiser acte médical ce
forfait, et en imposer le remboursement à nos caisses d'assurance
maladie.
C'est
parce que les familles sont écrasées d'impôts
et voient leur niveau de vie réduit indéfiniment
à chaque nouvelle naissance, que la venue du troisième,
pose, encore si souvent, de douloureux problèmes.
Et
imaginez-vous seulement ce que peut être la situation d'un
jeune ménage sans grandes ressources, logé dans
des conditions onéreuses, et tenu par des crédits
bancaires souscrits pour des achats de première nécessité ?
Laissez-les-Vivre y a songé, Monsieur Messmer, mais
aux propositions simples, efficaces et justes que nous avons définies
lors de notre Congrès de Strasbourg des 5 et 6 mai 1973,
votre projet apporte une réponse totalement négative.
Et ce n'est pas l'augmentation du S.M.I.C., si louable soit-elle,
qui nous fera changer d'avis, car il ne sert à rien d'augmenter
le niveau de vie d'un travailleur à l'usine, si du fait
même de ses charges de famille, la gêne demeure à
la maison.
Nous
soutenons au contraire que l'égalité des niveaux
de vie, pour des responsabilités comparables, doit être
assurée en fonction du nombre des enfants qui vivent au
foyer, et qu'il n'y aura jamais de paix sociale durable aussi
longtemps que cet impératif de justice ne sera pas respecté.
Le
salaire maternel, indispensable corollaire de cette fonction éminemment
sociale qu'est la maternité, doit devenir immédiatement
une réalité pour le plus grand bien de tous.
Voilà
ce qui est urgent, Monsieur Messmer ! de cette façon
notre pays, après la Roumanie et la Bulgarie, fera reculer
la trop fameuse "interruption de grossesse" qui annonce
déjà l' "interruption de vieillesse".
Voilà
le grand dessein qui eût été digne d'une nouvelle
législature. Et ne nous dites pas que notre loi est dépassée,
parce qu'elle n'est plus appliquée. On peut si on veut,
Monsieur Messmer. Il faut qu'un gouvernement gouverne, ou qu'il
disparaisse.
Vous
savez aussi bien que nous qu'il faut choisir entre deux camps,
celui des non-nés, où nous voulons être, et
celui des avorteurs: Il n'y a pas de moyen terme : laisser
supprimer 10, 20 ou 30 % des enfants appelés chaque
année à la vie en France, en attendant que les chiffres
passent à 40, 50 ou 60 %, sous le couvert d'une loi
"tolérante" perpétuellement dépassée
parce que l'on ne voudra toujours pas l'appliquer, c'est déjà
se situer dans le camp de la mort. Et nous tous qui avons cette
joie d'avoir des enfants, qui aimons les enfants, ou qui voudrions
tant avoir des enfants, ces enfants que vous acceptez de voir
disparaître, nous voulons qu'ils vivent.
Laissez-les
vivre, Monsieur Messmer !
Le
pays tout entier jugera votre gouvernement à ses actes,
quant à nous, nous n'avons plus confiance, nous croyons
que déjà vous êtes sur l'autre bord.
C'est
donc votre démission, Monsieur Messmer, et celle de vos
amis, que nous attendons désormais.
(1)
Journal L'Aurore, 13 juin 1973.
F. DELIBES,
Secrétaire général
© Laissez-les-Vivre
SOS Futures Mères, juilet 1973
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