Escalade...
mot enchanteur qui évoque la pureté des cimes ;
Escalade...
expression horrible lorsqu'on l'applique à la guerre, que ce son
au Viêt-nam ou ailleurs ;
Escalade...
idée d'épouvante quand un examine ce qui se passe, ce uni se tait
et ce qui se dit en ce qui concerne l'avortement.
Contrairement
à ce qu'énoncent volontiers pour donner plus de crédit a leurs
thèses les partisans d'une réforme législative qui assouplirait
les textes ou même supprimerait toute infraction, la législation
sur l'avortement n'est pas aussi vieillotte qu'ils ne le disent.
Les textes ne datent pas de 1920 sans avoir été retouchés. Nous
avons, nous Français, pensé à nouveau ce problème en 1939 pour
modifier le Code pénal à ce sujet en discutant du Code de la Famille;
nous y avons réfléchi une nouvelle fois en 1953 en adoptant le
Code de la Santé publique. A ces deux dates, et sous des gouvernements
qui n'étaient pas plus"à droite" qu' " à gauche", les
textes réprimant l'avortement ont été modifiés et approuvés ;
aucune discussion sérieuse ne s'est instaurée sur ce point.
L'escalade
a donc commencé à une date relativement récente, il y a une quinzaine
d'années et elle a débuté sous une apparence extrêmement attirante
: celle de "la maternité heureuse", idée maîtresse du Planning
familial (1).
Plus
de conception non désirée, de mère angoissée, de foyer accablé ;
tous les enfants seront désormais attendus et accueillis dans
la joie ; quel esprit généreux n'aurait pas été conquis par
un objectif aussi séduisant ? Après une discussion de plusieurs
années, fort sérieuse il faut bien le dire, où tout a été dit
pour et contre la contraception, la médecine donne le "feu vert"
pour la pilule... et c'est la loi Neuwirth du 28 décembre 1967.
Tous
les tenants du Planning familial sont à cette époque d'accord :
l'avortement est un mal, la contraception va permettre de le supprimer.
Les Docteurs Dalsace et Palmer écrivent notamment : « (...)
le but de ce livre est notre désir de voir la contraception
remplacer l'avortement, comme l'avortement a remplacé l'infanticide
(...) » (2).
Mais
voilà qu'assez vite il s'avère que les résultats de la loi sur
la contraception ne sont pas ceux escomptés. On pouvait tout de
même s'attendre à ce que le vote d'une loi ne change pas du jour
au lendemain les mentalités de tout un peuple. Quoi qu'il en soit
il eût été sage de réfléchir, éventuellement de perfectionner
le texte et d'attendre quelques années pour apprécier les effets
de la loi Neuwirth. II n'en a rien été et sans aucune enquête
sérieuse sur les résultats de cette loi si importante et si discutée,
sans même attendre qu'interviennent des décrets d'application
fort délicats à mettre au point, voici que l'escalade s'est déclenchée,
de plus en plus ambitieuse et de plus en plus folle.
La
contraception n'est pas suffisante et la loi sur l'avortement
est trop stricte ; il faut l'assouplir et toujours dans la
perspective d'une "maternité heureuse" il convient de permettre
aux parents de rejeter dans certains cas l'embryon non désiré
(3).
Puis,
assez vite, le but à atteindre se déplace et l'escalade vers ce
nouveau sommet gagne en ampleur : protection et santé de
la mère passent au second plan ; il ne s'agit plus du bonheur
du foyer mais de celui de l'humanité tout entière. On en déduit
avec logique : il convient non seulement de permettre l'avortement
"dans certains cas", mais bien plus de le rendre
complètement libre ; non seulement les enfants non désirés
seront supprimés mais encore ceux qui naissent malformés, handicapés
et (encore que l'on n'ose pas l'écrire textuellement) c'est l'élimination
de tous ceux qui sont une charge pour la collectivité.
On
croit rêver ou l'on pensera que l'auteur de ces lignes "en rajoute" ;
et pourtant tel est bien le sens de la proposition de loi Peyret
tel que son auteur l'expose lui-même en écrivant notamment :
« (...) plutôt que de construire tant de lits d'hôpital,
ne vaudrait-il pas mieux aménager tel carrefour meurtrier sur
une route à grande circulation (...) » (4).
C'est
à faire frémir d'indignation, mais, hélas ! les faits et
les réflexions se poursuivent dans le droit fil de l'escalade.
Pourquoi
déclarer les enfants à leur naissance, écrit M. Crick (Prix Nobel,
scientifique) ; il serait préférable de ne les déclarer à
l'état civil que 48 heures après leur naissance, ce qui permettrait
de les supprimer sans formalités.
Et
pourquoi conserver en une vieillesse parfois douloureuse des êtres
qui sont une charge pour la collectivité ?
Toujours
pour le bonheur de l'humanité il est très souhaitable de pouvoir
faire des expériences sur les ftus, soit en les prélevant
intacts par césarienne, soit en les cultivant en laboratoire ;
il serait même fort intéressant d'utiliser sur des femmes
volontaires bien entendu des médicaments qui donneraient
des ftus anormaux et dont l'étude serait fort utile à la
science (cité par le Pr Lejeune dans la conférence de presse du
27 avril 1972).
II
ne s'agit malheureusement pas de simples idées plus ou moins aberrantes
et " en l'air " : la boucherie a commencé et le terme même de
boucherie est d'ailleurs encore au-dessous de la réalité; c'est
à un massacre hideux et révoltant que nous convient messieurs
les avorteurs.
La
photographie
du sac de ftus,
publiée à la suite de ces lignes n'a pas pour but d'exploiter
la sensibilité de nos lecteurs. Elle représente une réalité. Dans
l'État de New York où l'avortement est libre, un tel sac de ftus,
produit des avortements d'une matinée, contient de petits embryons
de 2 à 6 mois, petits êtres déjà formés, jeunes fleurs non
épanouies qui vont être jetées à la poubelle ou au four crématoire.
Plus
près de nous, avec le même cynisme, certains cabinets médicaux
anglais envoient en France leurs tarifs d'avortement « selon
la durée de la grossesse, c'est-à-dire "au poids" ! »
Il
est à penser que dans quelques années le sac en plastique ne contiendra
plus seulement des ftus, mais encore "les vieux" et les
"malformés" qui sont une charge pour la société.
Moyennant
quoi M. le Docteur Peyret pourra faire construire des autoroutes.
En
face de cette situation, n'ayons pas, nous Français, la prétention
de dire nous sommes plus avisés et plus intelligents que d'autres,
nous saurons où nous arrêter.
II
faut prendre conscience de la puissance des forces qui militent
pour que "tout soit permis". Les motivations de ceux qui
agissent dans ce but sont diverses mais beaucoup agissent au nom
de valeurs attirantes mais dont ils faussent le sens : le progrès,
la science, le bonheur, la liberté. D'ailleurs, les leaders du
mouvement en faveur de l'avortement ne cachent pas leur volonté
d'aller jusqu'au bout dans cette réalisation : pour eux la
proposition de loi Peyret n'est qu'un début, très insuffisant.
L'escalade
est fatale si nous ne réagissons, partout, autour de nous, avec
la plus extrême vigueur.
La
France certes est loin d'être exemplaire ; elle a beaucoup
à recevoir des autres nations.
II
y a pourtant des domaines où, de par le privilège de son histoire
et de sa civilisation, notre pays s'est trouvé aux carrefours,
quelquefois même aux sommets de la pensée humaine. II nous est
arrivé au cours de notre histoire d'ouvrir la voie à d'authentiques
progrès.
Telle
est aujourd'hui la conjoncture. Certains voudraient nous mettre
à la remorque de tel ou tel pays étrangers et nous entraînent
en réalité à un retour vers la barbarie.
Ce
qui nous est proposé c'est le type même de cette société de consommation
égoïste si souvent dénoncée.
Le
bonheur de l'humanité ne passe pas par de telles solutions de
facilité mais par l'effort pour aider et sauver toute vie humaine.
Paul
COURTEAUD
Docteur en Droit,
Membre
du Comité national
(1)
L'Association "Maternité heureuse" fut fondée le 6 mars
1956.
(2) J. Dalsace et R. Palmer . "La contraception". P.U F.
1967.
(3
) Me Dourlen-Rollier écrit : « (...) certaines législations
étrangères admettent l'impunité de la femme qu se fait avorter.
On pourrait concevoir une réforme semblable, tout en renforcent
les peines contre l'avorteur (...) ». "La Vérité
sur l'Avortement", par Me Dourlen-Rollier. Maloine 1963,
p. 218.
(4)
Extrait d'une note explicative diffusée le 30 octobre 1970
à tous les membres de l'Assesmblée nationale parle groupe U.D.R.
(dont fait partie le Dr Peyret) et reproduisant "m extenso" un
article du Dr Peyret.
© Laissez-les-Vivre
SOS Futures Mères, juin 1972
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