Paris,
le 7 septembre 1973
Monsieur
le Garde des Sceaux,
J'ai
l'honneur de vous faire part de l'émotion suscitée
au sein de la magistrature par le projet le loi gouvernemental
relatif à l'interruption voontaire de la grossesse. L'Union
Fédérale des Magistrats, je vous le précise
tout de suite, n'envisage pas de prendre publiquement position
sur le fond de la réforme de notre législation en
matière d'avortement, car les questions qu'elle pose à
la conscience de chacun sont telles, que notre association ne
peut prétendre dégager, à travers les sentiments
divers, catégoriques ou nuancés, de ses adhérents,
une opinion unanime.
J'ai
le-devoir en revanche, de me faire l''interprète auprès
de vous, des nombreux collègues qui m'ont écrit
cet été pour me dire combien ils étaient
choqués, voire indignés, du rôle réservé
aux magistrats par le texte soumis au Parlement. Je veux parler
de l'intervention du Préident du Tribunal de Grande Instance
prévue ar l'article L. 162.5, mais surtout de celle du
Juge des Enfants, qui, conformément à l'article
L . 162.2, 4ème alinéa :saisi par le médecin,
pourra dispenser du consentement parental la mineure célibataire
de moins de dix-huit ans.
Tous
estiment que ces attributions nouvelles sont exorbitantes, car
elles dénaturent la fonctin du magistrat, chargé
avant tout d'assurer respect de la vie humaine, et plus particulièrement,
détournent le juge des enfants de sa mission essentielle,
c'est-à-dire la protection des mineurs. II est de fait
assez étrange de constater que la loi, qui ne reconnaît
pas à ce même âge, la possibilité de
dispenser une mineure de l'autorisation de ses parents pour se
marier, sur une intervention chirurgicale, ou même se déplacer
à l'étranger, I'investirait désormais du
pouvoir redoutable d'autoriser une interruption grossesse avec
tous les risques de traumatisme physique ou psychique qu'elle
comporte pour la jeune fille elle-même, et sans égard
pour les droits et les devoirs de ses parents.
Ce
que les auteurs de ce projet de loi paraissent avoir plus gravement
encore méconnu est le trouble de conscience qui va être
imposé à des juges des enfants, contraints, en acordant
la dispense, de permettre pratiquement l'accomplissement d'un
acte qu'ils réprouvent personnellement et profondément,
en raison de leurs convictions religieuses, philosophiques, ou
tout simplement humaines.
Beaucoup
d'entre eux se demandent avec rgoisse comment, lorsqu'ils se trouveront
placés dans cette situation, ils parviendront à
concilier leur devoir de magistrat tenu d'appliquer les prescriptions
de la Ioi, et les exigences de leurs conceptions morales...
Veuillez
agréer, je vous prie, Monsieur le Garde des Sceaux, l'expression
de mes sentiments déférents et dévoués.
Le
Président,
André BRAUNSCHWEIG
© Laissez-les-Vivre
SOS Futures Mères, décembre 1973
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