La
délégation Laissez-les Vivre du Puy-de-Dôme
a mené une étude exhaustive des débats qui
ont précédé, à l'Assemblée
et au Sénat, la vote de la loi Veil. On en trouvera ici
quelques passages significatifs.
Le
refus de la conscience populaire
Une
première observation s'impose. Affirmer comme l'ont fait
certains, que la demande de libéralisation de l'avortement
soit l'émanation d'une puissante aspiration populaire,
est totalement contredit, par l'attitude qui a pu être observée
au cours des débats chez certains parlementaires, appartenant
aux formations politiques de gauche.
Les
communistes notamment ont été particulièrement
prudents au vu des positions intimes, qu'ils savaient être
celles d'une partie de leur clientèle et d'une fraction
notable de l'opinion populaire.
A
cet égard, on peut relever les propos tenus par Mme
Gisèle Moreau, le 19 décembre 1974 (J.O. Débats
A.N., page 8125) :
« Pour
notre part, nous serons sur ce point, vigilants, sans pour autant
diviser les travailleurs, et d'une façon générale,
le peuple de notre pays, en fonction de l'opinion de chacun sur
ce problème ». Au cours de ce même
discours, l'oratrice ajoute : « hier encore,
une infirmière me disait a entendre parler d'avortement
me heurte profondément ».
M.
Jack Ralite, député communiste, au cours
de la troisième séance du 28 novembre (J.O., débats
A.N., page 7214) « le mot avortement qui s'entoure
d'un halo affectif, et qui évoque le mot avortoir, ne peut
que culpabiliser les femmes et porter atteinte à leur dignité. »
Au cours de la même séance, Mme Gisèle Moreau,
prenant la parole à l'occasion du dépôt de
l'amendement rendant obligatoire la contraception, et rendant
même possible la stérilisation par ligature de trompes,
s'est écrié : « Cet amendement n'honore
ni son auteur, ni le gouvernement qui semble le soutenir ».
Mais les paroles d'un membre du Parti Communiste, auquel il est
le plus aisé de souscrire, sont celles pleines de bon sens
et de respect de la vie, tenues par Mme Hélène
Constant, lors de la 3ème séance de l'A.N. du
27 novembre 1974, J.O., page 7139. « Parler de la
libéralisation de l'avortement, comme la conquête
par la femme d'une liberté positive, ne nous parait pas
absolument juste. La liberté d'opinion, la liberté
de la presse, la conquête des droits syndicaux par les travailleurs,
voilà des libertés positives favorables au développement
de la démocratie et à l'affirmation de l'individu.
Mais le recours à l'avortement est le fait d'une contrainte
ou d'un échec, et en ce sens, la possibilité légale
d'interrompre la grossesse... est une liberté de signe
négatif ». Plus loin elle ajoute, « Dans
la majorité des cas, mes amis l'ont déjà
dit, l'avortement se présente comme une contrainte. »
La position du Parti Communiste rejoint d'ailleurs celle d'Arlette
Laguiller, candidate gauchiste, à la Présidence
de la République. M. Hubert d'Andigné, sénateur,
au cours de la séance du 3 décembre 1974 (J. O.,
Sénat, page 2901) cite en effet son opinion dans les termes
suivants : « En voulant imposer à notre pays
(une nouvelle morale) à laquelle il n'aspire pas, on
finit par oublier que l'avortement est inhumain, parce qu'il consiste
en l'interruption brutale d'un processus de développement
de vie humaine. » Qui a dit cela ? M. le
Professeur Lejeune, peut-être ? non ! une
femme Arlette Laguiller, dans le mensuel Lutte des classes.
M.
J.-Pierre Cot, quant à lui, affirme vigoureusement
au cours de la 2ème séance à A.N. (J.O.,A..N.
du 27 novembre 1974, page 7108), « il
faut faire reculer l'avortement. »La vérité
sur l'état de la conscience populaire a été
remarquablement mise en uvre dans l'intervention de M. J
-Louis Vigier, sénateur, au cours de la séance
du Sénat du 13 décembre 1974 (J.O., Sénat,
page 2877) : « on a fait grand bruit pour les 343
femmes qui, brandissaient leur avortement, comme un étendard.
Que serait le magnifique défilé de ces millions
de femmes qui, en assumant leur maternité ont trouvé
ou retrouvé la joie, avec l'épanouissement (applaudissements).
Ce chiffre de 343, est aussi sans rapport avec le défilé
des adversaires de l'avortement qui comprendrait celles, et je
dis ceux, qui regrettent cet acte. » II est à
noter par ailleurs, que la bonne conscience des partisans de l'avortement,
ne s'est pas toujours manifestée de façon constante.
Certains orateurs des partis de gauche, ont en effet, au moins
implicitement admis qu'il pouvaient fort bien se tromper en votant
la loi Veil. Au moment du vote final, M. Caillavet s'est écrié
: (J.O., Sénat, page 2965) : « Je l'ai dit
hier à la tribune que c'était pour moi un vote de
nécessité, je dirai ce soir que c'est même
un vote de la raison contraignante. » Au cours
de la même séance M. Caillavet, avait dit
(J.O., Sénat, p. 2935) « si nous nous
sommes trompés, je le dis à M. Henriet, nous aurons
le retirage intellectuel de revenir en arrière, car nous
aussi, nous avons une conscience. Nous croyons à l'amour
que nous avons pour la femme porteuse de " vie" ».
Barbarie
et sophismes
Une
telle affirmation fait apparaître comme encore plus choquantes,
les orgueilleuses contrevérités proférées
par certains parlementaires, comme MM. MARCILHACY, M. CHINEAUD,
PONS ou Mme G. MOREAU. On est stupéfait d'entendre
dans la bouche d'un homme qui se veut juriste, comme M. MARCILHACY
: « l'enfant est propriété de la mère.»
M. MARCILHACY en est resté au droit des époques
barbares.
En
effet, n'a-t-il pas affirmé lors de la séance du
13 décembre 1974 (J.O.S., page 2873) page 2873 : « Pendant
le délai qui s'écoule entre la conception et le
moment où l'enfant est viable, je pose en principe que
l'enfant appartient à la mère. C'est la mère
seule qui a le droit d'en disposer (Sic) ; la nation
n'en a pas le droit ». Se plaçant sur un
autre terrain (J.O.S. page 2874) M. MARCILHACY s'écrie
: « il me revient à l'esprit un passage d'un
très beau poème de Paul Claudel dans " Corons
Begnitatis Anni Dei ", il est dit à peu près
ceci : « Mon Dieu, comme il est facile d'aller au
fond de l'église, de s'agenouiller et de dires Notre Père
qui êtes aux Cieux. » Le chrétien
que veut être M. Marcilhacy a
implement oublié délire la totalité du Notre-Père,
et de constater qu'y figurent ces paroles redoutables : « que
Votre volonté soit faite. »
Contre
vérités également dans la bouche de M.
Chineaud député (J.O.A.N., page 7018) lorsqu'il
reproche implicitement à certains de vouloir imposer leur
morale. En effet, ce n'est pas imposer une morale que d'appeler
l'attention sur les conséquences graves de certaines options
sur le plan de l'équilibre social. Le désespoir
individuel a une dimension sociale, refuser de l'admettre c'est
vivre encore au XIXe siècle.
M.
CHINEAUD déclare (J.O.A.N., page 7019) : « l'esprit
du projet de loi consiste purement et simplement à faire
en sorte que la personne à qui il incombera d'accepter
ou de refuser une nouvelle naissance, soit celle qui finalement
sur les plans, physique et psychologique, a été
désignée par Dieu, selon moi pour transmettre la
vie.
A partir du moment où l'on associe la responsabilité,
c'est-à-dire le risque au pouvoir de décision, on
touche l'essentiel suite plan de l'évolution de la société,
et sur celui du respect des droits de la personne humaine. »
M. CHINEAUD en tire trop facilement des conséquences favorables
à l'adoption du projet. Pour que ce raisonnement soit valable,
il faudrait d'une part, que le risque soit assumable moralement
et spirituellement, et pour que la responsabilité confiée
à la femme soit considérée comme un droit,
il faudrait qu'elle soit vraiment libre. Et comment parler de
liberté, puisqu'en matière d'avortement, tout le
monde au Parlement a reconnu que c'était un échec
de vie.
De
sa, côté, Mme G. MOREAU a cru devoir formuler quelques
observations qui sont totalement inexactes. (J.O.A.N., page 7025) :
« Nous avons notamment recueilli des témoignages
; des associations nous ont fait part de ceux qu'elles ont pu
connaitre ; ils montrent que lorsqu'une femme a décidé
d'interrompre sa grossesse, ni ne peut l'arrêter. Le refus
d'une grossess non souhaitée se révèle aussi
répressible que le désir de maternité.»
L'action poursuivie avec succès par les antennes S.O.S.
FUTURES MÈRES, dément cette affirmation catégoriquement.
M.
PONS, à l'encontre duquel on pourrait relever d'autres
énormités, a manifesté, quant à lui,
une attitude à l'égard de la vie qui est bien éloignée
de l'esprit dans lequel les médecins normaux envisagent
la maternité.
En
effet, on est littéralement stupéfait de constater
qu'il a pu dire au cours de la 2ème séance du 27
novembre 1974 (J.O.A.N., page 7113) « Quel est le
médecin qui ignora que pendant les trois premiers mois
de toute grossesse c'est une véritable agression que le
ftus qui vient nidifier dans l'utérus commet contre
l'organisme maternel ? »
D'autres
positions moins absurdes, apparaissent cependant comme marquées
p ar un certain illogisme. A cet égard, rejoignant la position
de M. CHINEAUD lors de la séance du 14 mars 7974 au Sénat
(J.O.S., page 2921) M. LECANUET a parlé non seulement
da responsabilité, mais encore de dignité, en ce
qui concerne les femmes qui se sont fait avorter. Quelle femme
peut vouloir tuer l'embryon ? De deux choses l'une, sur la plan
du bon sens, ou elle est dévoyée, ou elle n 'est
pas totalement libre. Quelle idée se fait-on de la dignité
de la femme, lorsqu' on trouve cette dignité dans le meurtre !
Quand
à M. Jack RALITE, il a cru pouvoir se faire poète,
pour vanter le couple roi (J.O.A.N., page 7188) « C'est
ARAGON, dit-il qui écrivait l'avenir de l'homme est la
femme ». Le poète voulait dire par là,
que l'avenir appartient au couple, et qu'un jour à venir,
cette perfection nommée couple, sera l'innombrable roi
de la terre.
« Le
temps arrive, précisait-il, où l'homme n'est plus
pensé sans la femme, et la femme sans l'homme, et la plus
haute expression de l'amour de ce temps, ce n'est pas une idée
de l'amour avec l'expression unilatérale du désir,
ce n'est plus l'amant, mais le couple; le couple roi est l'obligation
morale par excellence, et la dialectique du plein développement
du progrès social. »
M.
RALITE oublie simplement le rôle éminent de l'enfant
dans la poussée vers un meilleur développement social.
La
majorité de demain
La
volonté obstinée du ministre d'alléger imam
les conditions d'application de la loi a été cependant
mis en échec par le Parlement, dans des conditions qui
sont révélatrices, de ce qu'aurait pu être
le débat, s'il n'avait pas été faussé
par la pression des plus hautes autorités de l'État,
et le matraquage systématique à laquelle a été
soumis l'opinion publique dans un sens laxiste, et qui a orienté
la conscience de certains députés. Lors des premiers
débats à l'Assemblée nationale, Mme VEIL
ne s'est pas opposée à l'adoption de deux amendements,
tendant à supprimer le caractère écrit de
la demande de la femme.
En
deuxième lecture, M. BOLO a rappelé la position
que le ministre avait prise lors de la présentation du
projet de loi (J.O.A.N., page 8727). « Au cours
de son exposé, Mme le ministre de la Santé, nous
a fait part de son attachement à cette confirmation écrite,
qui dans son esprit faisait partie de l'arsenal de dissuasion
mis en place, pour empêcher les femmes de recourir à
l'avortement. Je demande donc à l'Assemblée de bien
vouloir suivre le gouvernement, et de maintenir la confirmation
écrite qui ne peut que placer la femme, face à ses
véritables responsabilités. » Bien
que Mme VEIL ait alors déclaré (J.O.A.N.,
page 8127) : « Le Gouvernement estime qu'il
ne s'agit pas d'une disposition
absolument essentielle de la loi puisque de toute façon,
le médecin devra donner une attestation écrite à
la femme, pour qu'elle puisse se rendre dans l'établissement
où il sera procédé à l'interruption
de la grossesse. »
II s'est trouvée une majorité à l'Assemblée
nationale de 778 voix contre 213, pour rejeter l'amendement. La
majorité qui a, habituellement échappé aux
adversaires du projet, on la retrouve dans ce vote. Cette majorité
pourra-t-elle être celle de demain pour l'abrogation de
la loi VEIL ? On peut et on doit l'espérer, si l'on
considère que les parlementaires
français prendront peu à peu meilleure conscience
du caractère fondamental du respect de la vie, En effet,
nombreuses sont les déclarations du Ministre qui ont pu
les mettre en alerte sur le développement et l'ampleur
du processus qui menace la vie du pays au nom des principes de
la "morale nouvelle".
© Laissez-les-Vivre
SOS Futures Mères, juillet 1975
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