La
presse n'a pas toujours reproduit en entier l'intervention faite
par le Cardinal Marty le lendemain de la parution à l'officiel
de la loi Giscard-Veil. On trouvera ici cet important document.
Mme Veil, à la suite de cette Intervention a cru devoir
déclarer que si le Cardinal avait ainsi parlé c'est
qu'on l'y avait obligé. On aimerait connaître ses
sources. Ce sont peut-être ces mêmes informateurs
qui lui ont laissé ignorer les intentions des juges de
la Cour
constitutionnelle d'Allemagne.
Nous croyons même pouvoir ajouter qu'à une époque
où le prédécesseur de M. Giscard d'Estaing
n'était pas encore accablé par le mal qui devait
l'emporter, le cardinal Marty lui-même s'était fait
l'écho auprès de lui des vives préoccupations
de l'Église catholique devant les projets que l'on prêtait
alors au Gouvernement français et que M. Georges Pompidou
avait paru y être fort sensible.
1.
La nouvelle loi sur l'interruption volontaire de grossesse a été
votée.
Nous
étions en droit d'attendre une loi de protection de la
maternité, permettant à toute femme de garder son
enfant. Nous sommes en face d'une loi de libéralisation
de l'avortement.
Au
moment où cette loi va entrer en application, je dois de
nouveau m'adresser aux catholiques. Jusqu'à ce matin, et
devant Dieu, je pensais à ce que j'avais à vous
dire. Voici ma déclaration.
2.
L'avortement est objectivement un mal. Même légalisé,
il demeure une atteinte radicale à la vie humaine, une
uvre de mort. Aucun artifice de langage, aucun texte législatif
ne peuvent voiler cette terrible réalité.
3.
Certains pensent que cette loi, inspirée parla situation
des murs dans notre société, aura un effet
dissuasif. Telle est, je le crois, la pensée des auteurs
de ce texte.
Nous
n'avons pas la garantie que les procédures prévues
joueront dans ce sens. Il est des femmes qui envisageront d'interrompre
volontairement leur grossesse : comment seront-elles conseillées,
aidées ? II ne nous est
pas dit comment elles seront éveillées à
leurs responsabilités. Il n'est pas consenti un vigoureux
effort de solidarité ; à l'heure actuelle aucune
véritable politique de la famille n'est promue. Bref, les
conditions ne sont pas remplies, qui pourraient laisser espérer
que le fléau des avortements clandestins sera efficacement
combattu.
Les
déclarations d'intention ne suffisent pas. C'est la promotion
de la femme et la vie de l'enfant qui sont ici en cause.
4.
Notre société est éclatée, disloquée.
Sur le plan d'un principe aussi fondamental que celui du respect
de la vie humaine, un désaccord existe entre ses membres ;
nous constatons le fait avec tristesse.
Mais
nous ne désespérons pas pour autant.
Le
meilleur service que les catholiques puissent rendre, c'est de
garder intactes leurs convictions ; c'est de s'efforcer de
les faire partager ; c'est de s'engager avec désintéressement
au service de toutes les personnes qui se trouvent en état
de détresse.
5.
Je m'adresse aux catholiques qui participent à quelque
degré que ce soit aux décisions du pouvoir politique
: ils considéreront comme une de leurs plus graves obligations
de travailler avec ténacité à la mise en
uvre d'une véritable Politique de la famille ;
ils combattront pour la promotion de l'enfant et de la femme ;
ils rappelleront que l'homme aussi porte une grave responsabilité
dans le respect de toute vie humaine.
Je
m'adresse aux catholiques qui sont médecins. membres du
personnel hospitalier, travailleurs sociaux, conseillers conjugaux.
De par leur profession ils sont au service de la santé
et de la vie. Ils savent bien que la foi chrétienne, comme
la morale, interdit l'avortement. Ils s'attacheront de toutes
les manières possibles, à éveiller au respect
de la maternité. Placés dans des circonstances difficiles
et inextricables, c'est avec une conscience éclairée
qu'ils auront à se déterminer.
6.
J'appelle les catholiques à soutenir ou à créer
dans les meilleurs délais des centres d'accueil, de consultation
et d'entraide pour les futures mères. Les établissements
hospitaliers tenus par des religieuses voudront, au besoin par
des créations de services, donner au plus tôt l'exemple
en ce domaine. Ces centres traduiront concrètement notre
résolution. de servir la vie humaine dès ses commencements.
En
toute circonstance, les chrétiens aideront de leur
compréhension et d'une aide effective les femmes
pour lesquelles la grossesse est dramatique.
7.
Chaque époque comporte ses urgences. Notre temps requiert
la sauvegarde et la promotion de la personne humaine. C'est pourquoi
nous travaillerons sans relâche à la protection de
toute maternité (1).
Si
je parle ainsi, c'est en fidélité au message de
l'Évangile dont le seul commandement est celui de l'amour.
(1)
Pour éclairer les consciences des catholiques dans les
circonstances actuelles une note préparée par la
Commission de la Famille sera publiée prochainement.
© Laissez-les-Vivre
SOS Futures Mères, mai 1975
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